IA en imagerie médicale : de l’innovation aux usages concrets

Le 28 mai 2026, HUGO organisait à Nantes une journée consacrée à l’intelligence artificielle (IA) en imagerie médicale, réunissant plus d'une centaine d'experts, chercheurs, cliniciens et décideurs du Grand Ouest autour d’un objectif commun : mieux comprendre les avancées de l’IA appliquée aux différentes spécialités d'imagerie médicale et préparer son intégration dans la pratique.

Organisée à l’initiative des pathologistes du Grand Ouest – représentés par le Dr Delphine Loussouarn (CHU de Nantes) et le Pr Solène-Florence Kammerer-Jacquet (CHU de Rennes), cette journée a permis de mettre en lumière un constat partagé : l’IA n’est plus seulement une perspective d’avenir, mais devient progressivement un outil concret au service des professionnels de santé.

Des modèles de fondation aux premières applications cliniques, les échanges ont illustré à la fois les opportunités offertes par ces technologies et les conditions nécessaires à leur déploiement responsable.

De nouveaux modèles d’IA qui transforment l’imagerie médicale

La matinée a permis de découvrir les dernières évolutions des « modèles de fondation », ces systèmes d’apprentissage automatique d’IA, entraînés sur des volumes massifs de données médicales. En radiologie, Corentin Dancette (Raidium) a présenté les perspectives offertes par l’utilisation de ces modèles sur une solution IA capable d’assister les professionnels tout au long du parcours d’interprétation des examens. L’exemple du modèle multimodal Curia, entraîné sur l’ensemble de l’imagerie en coupe, illustre le changement d’échelle en cours : ces nouveaux outils ne sont plus conçus pour une tâche spécifique mais pour répondre à une grande diversité de situations cliniques, ouvrant la voie à une IA agentique.

Au-delà des performances technologiques, plusieurs intervenants ont rappelé que le déploiement de l’IA en santé soulève des enjeux majeurs. Vincent Vuiblet (CHU de Reims) a notamment insisté sur les dimensions éthiques, réglementaires, économiques et environnementales de ces innovations, présentant un parcours d’intégration des solutions d’IA dans les établissements hospitaliers. L’entrée en application progressive du règlement européen sur l’intelligence artificielle (AI Act) impose désormais un cadre exigeant visant à garantir des usages sûrs et respectueux des droits fondamentaux.

Françoise Tran (EthikIA) a souligné l’importance de la transparence, de la maîtrise des biais et du maintien d’une supervision humaine effective dans les décisions médicales assistées par l’IA.

Des usages déjà concrets dans la pratique médicale

Les retours d’expérience présentés l’après-midi ont montré que l’IA est déjà une réalité dans plusieurs disciplines.

En radiothérapie, les travaux du CHU de Brest, présentés par le Dr Vincent Bourbonne, et de l’Institut de Cancérologie de l’Ouest, présentés par le Dr Tanguy Perennec, démontrent le potentiel de l’IA pour modéliser les toxicités, automatiser certaines tâches complexes et réduire considérablement le temps nécessaire au contourage des organes et des tumeurs.

En anatomopathologie, le Dr Raphaël Bourgade (CHU de Nantes) a présenté des travaux visant à améliorer la détection des métastases ganglionnaires, tandis que le Dr Leslie Tessier (CHU d’Angers) a rappelé que la performance d’un algorithme ne suffit pas : son utilité réelle doit être évaluée dans la pratique clinique et la confiance que lui accordent les professionnels sera assurée par la vigilance relative à son utilisation.

La radiologie et la médecine nucléaire ont également illustré le potentiel de ces technologies. Les projets présentés par le Dr Luc Beuzit à Rennes autour de l’IRM de la prostate ou à Nantes par le Dr Thomas Carlier pour la segmentation automatique des volumes tumoraux en TEP montrent comment l’IA peut améliorer la reproductibilité des analyses, accélérer les interprétations et contribuer à une médecine plus personnalisée.

Enfin, la table ronde consacrée à la plateforme collaborative HUGO a mis en évidence la nécessité de mutualiser les données, les expertises et les infrastructures à l’échelle du Grand Ouest. Les participants ont partagé une ambition commune : construire un écosystème régional voire interrégional, capable d’accélérer le développement, l’évaluation et le déploiement des solutions d’IA en imagerie médicale, tout en garantissant la sécurité, l’interopérabilité et la conformité réglementaire des usages.

Cette journée a ainsi montré que l’enjeu n’est plus seulement de développer des outils performants, mais de créer les conditions de leur utilisation responsable, sécurisée et bénéfique pour les patients. L’intelligence artificielle apparaît désormais comme un levier majeur d’innovation pour l’imagerie médicale, à condition qu’elle reste au service des professionnels de santé et de la qualité des soins.

Actualité publiée le samedi 30 mai 2026