Recherche clinique et transition écologique : journée annuelle du GIRCI GO 2026
Réunis le 17 juin 2026 à Nantes, plus de 200 acteurs de la recherche en santé du Grand Ouest étaient présents à la 15e Journée annuelle du GIRCI GO consacrée aux enjeux de la recherche clinique à l'ère de la transition écologique. Cette journée a permis d’explorer les transformations nécessaires pour faire évoluer les pratiques de recherche en santé tout en préservant l’excellence scientifique. Chercheurs, institutionnels et professionnels de santé ont partagé leurs analyses et leurs initiatives pour construire une recherche plus responsable.
Comprendre les enjeux et engager la transformation écologique de la recherche clinique
Après l’ouverture de la journée par Laurence Jay-Passot, directrice générale adjointe du CHU de Nantes, qui a rappelé que la transition écologique constitue désormais un enjeu incontournable pour les établissements de santé et leurs activités d’innovation, le Pr Corinne Lejus-Bourdeau, coordinatrice médicale du GIRCI GO, a introduit la journée en rappelant le rôle majeur de la communauté scientifique dans la compréhension et l’accompagnement des évolutions environnementales.
La conférence inaugurale, animée par le Pr Jean Jouzel, paléoclimatologue, directeur de recherche émérite au CEA, membre de l’Académie des sciences et ancien vice-président du groupe scientifique du GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat), a permis de replacer les enjeux climatiques dans une perspective scientifique de long terme. À partir des travaux pionniers menés sur les carottages glaciaires en Antarctique et au Groenland, il a rappelé les liens établis entre l’augmentation des concentrations de gaz à effet de serre et le réchauffement climatique. Il a souligné la fiabilité des modèles climatiques développés depuis plusieurs décennies et insisté sur la nécessité d’une mobilisation collective, y compris dans le monde de la recherche et de la santé, pour adapter les pratiques aux défis actuels.
La matinée s’est poursuivie par une table ronde consacrée à la stratégie nationale autour de la transition écologique en recherche clinique :
- Azilis Le Masne, adjointe au bureau recherche-innovation de la DGOS, a présenté les orientations nationales visant à accompagner l’adaptation du système de santé face au changement climatique. Elle a notamment rappelé les objectifs de la feuille de route de planification écologique en santé, qui intègre désormais la formation et la recherche comme leviers majeurs de transformation. Les projets de recherche sont ainsi invités à intégrer une double réflexion : leur propre impact environnemental et leur capacité à contribuer aux enjeux de transition écologique du système de santé.
- Matthieu Thépin, responsable de la cellule transition écologique et sociétale de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), a ensuite présenté la démarche de transition écologique et sociétale portée par l’organisme. Son intervention a mis en avant l’accompagnement proposé aux unités de recherche pour faire évoluer leurs pratiques : réalisation de bilans carbone, développement d’outils d’aide à la décision, intégration de critères de responsabilité sociétale dans l’évaluation des structures et sensibilisation des communautés scientifiques. Il a également rappelé que cette transition ouvre de nouvelles perspectives scientifiques, notamment autour des liens entre changement climatique, santé et exposome.
- Stéphane Guillot, délégué scientifique transition environnementale et risques au CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique), a complété ces échanges en présentant les résultats du bilan carbone des activités de recherche de l’institut et les principaux leviers de réduction identifiés. Il a souligné le poids des équipements scientifiques, des consommables, des déplacements professionnels et de la consommation énergétique dans l’empreinte environnementale de la recherche. La transition environnementale apparaît ainsi comme une opportunité de repenser les pratiques scientifiques, en développant notamment la sobriété des usages, le réemploi et l’optimisation des ressources, sans renoncer à l’excellence de la recherche.
Julien Brunier, directeur de projets en transition écologique au sein du Shift Project, a poursuivi en présentant les enjeux de décarbonation du système de santé. Il a rappelé que le secteur de la santé représente une part importante des émissions de gaz à effet de serre (8% des émissions françaises) et qu’il doit faire face à une double contrainte : réduire son impact environnemental tout en anticipant une diminution progressive de la disponibilité des ressources énergétiques fossiles. Son intervention a mis en évidence les principaux postes d’émissions du système de santé, notamment liés aux médicaments, aux dispositifs médicaux, aux consommables, aux transports et aux consommations énergétiques. Il a également insisté sur la nécessité de passer du constat à l’action, en s’appuyant sur des plans de décarbonation concrets et des outils permettant aux acteurs de santé de transformer leurs pratiques.
Un focus particulier a été consacré à l’impact environnemental des médicaments et des dispositifs médicaux, secteurs dont l’empreinte carbone est fortement liée aux matières premières, aux procédés de fabrication, aux exigences de production et à la logistique. Cette analyse a souligné les marges de progression possibles grâce à l’évolution des modes de production, au développement de démarches de réemploi, à l’optimisation des usages et à une meilleure prise en compte des critères environnementaux dans les choix organisationnels et industriels.
La matinée s’est conclue par un temps consacré à la mesure de l’empreinte carbone des essais cliniques, présenté par le Dr Charlotte Lafont, médecin de santé publique à l’AP-HP Hôpital Henri-Mondor, le Dr Cécile Auriault, pharmacien au CHU de Nantes, et le Dr Claire Fougerou-Leurent, coordinatrice d’essais cliniques au CHU de Rennes. Les intervenantes ont présenté les différentes approches disponibles pour quantifier l’impact environnemental des essais cliniques, notamment l’analyse de cycle de vie (ACV) et la méthode développée par Griffiths et al., adaptée au contexte français. Cette dernière repose sur une analyse par processus intégrant dix domaines d’activité couvrant l’ensemble du cycle de vie d’un essai : mise en place, activités des unités de recherche clinique, réunions et déplacements, interventions spécifiques, gestion des données, équipements, échantillons biologiques, analyses de laboratoire et clôture de l’étude. Les premiers travaux montrent la faisabilité de cette évaluation et identifient les principaux postes contributeurs, en particulier les déplacements, les réunions de monitoring et les activités de coordination. Ces outils constituent une étape clé vers l’éco-conception des essais cliniques, en permettant d’intégrer les enjeux environnementaux dès la conception des protocoles.
Innover autrement : des solutions concrètes pour une recherche clinique plus durable
L’après-midi de la 15e Journée annuelle du GIRCI GO a été consacrée aux leviers opérationnels permettant de transformer la recherche clinique et les parcours de soins à l’aune des enjeux environnementaux. Pr Douraied Ben Salem, neuroradiologue au CHU de Brest et chercheur au sein du LaTIM (Université de Bretagne Occidentale), a ouvert les échanges avec la présentation du projet MEGADORE (MEdical GADOlinium REcycling), une démarche innovante visant à réduire l’impact environnemental des produits de contraste utilisés en imagerie médicale. Il a rappelé les enjeux liés à la contamination des milieux aquatiques par le gadolinium, éliminé par voie urinaire après injection et aujourd’hui retrouvé dans les écosystèmes notamment marins. Le projet MEGADORE propose une approche d’économie circulaire reposant sur la récupération du gadolinium non utilisé afin de permettre son recyclage, complétée par d’autres pistes de réduction d’impact comme l’optimisation des doses, l’utilisation de produits de nouvelle génération ou encore la récupération des urines après injection.
La deuxième intervention, portée par Estelle Ricci et David Dayde (Hospices Civils de Lyon), a permis de présenter le projet REC²CLIN, consacré au réemploi des kits de biologie centralisée des essais cliniques industriels. Face aux volumes importants de consommables inutilisés et détruits après les essais, ce projet vise à mettre en place une filière de collecte, de tri, de référencement et de réutilisation des matériels encore exploitables grâce à un catalogue de réemploi. Cette démarche s’inscrit dans une logique d’économie circulaire permettant de réduire les déchets, de limiter les achats neufs, de diminuer l’empreinte carbone associée aux kits et de créer de nouvelles synergies entre promoteurs, centres investigateurs et partenaires du territoire.
Enfin, le point de vue des réseaux a permis d’élargir la réflexion autour de l’intégration du critère environnemental dans l’évaluation des innovations en santé et dans la conception des essais cliniques. Les échanges ont abordé l’intérêt de l’analyse de cycle de vie (ACV) et des approches multicritères pour mesurer les impacts environnementaux des parcours de soins, au-delà du seul indicateur carbone. Les leviers d’éco-conception des essais ont également été présentés : optimisation du monitoring, réduction des déplacements, mutualisation des ressources, sobriété numérique, limitation des données collectées, développement des essais décentralisés ou encore prise en compte de critères écologiques dans les choix thérapeutiques et logistiques. Ces différentes approches convergent vers un même objectif : intégrer la dimension environnementale comme une nouvelle composante de la qualité et de la performance de la recherche clinique.
Ces travaux permettront de nourrir les travaux du GIRCI Grand Ouest en matière d’approche plus durable et responsable de la recherche clinique et de l’innovation en santé.
Les lauréats des appels à communications
Les prix du concours « Mon projet en 180 secondes » ont été remis à :
- Guillaume CARDOSO, interne en médecine interne au CH de Blois pour son projet Etude ECO-MEDIN nationale : Évaluation de l’empreinte carbone des consultations en médecine interne et bénéfice environnemental de la téléconsultation qui a reçu le 1er prix
- Gwenola BLOT RIO, IPA aux urgences adultes du CHU de Rennes pour son projet Jugement clinique infirmier dans la pose de cathéters veineux périphériques aux urgences adultes qui a reçu le 2nd prix
Les prix du meilleur poster des réseaux ont été attribués aux réseaux :
- réseau RAVI pour son poster sur la mise en place d’un groupe « Transition écologique et sociétale » au CIC du CHU de Brest
- réseau RICDC pour son poster sur la transition écologique dans le réseau des entrepôts de données de santé du Grand Ouest
Actualité publiée le mardi 30 juin 2026