Leadership enseignant et génération Z : refonder l’équilibre pédagogique

Pr. Cédric Annweiler – Doyen de la Faculté de Santé, Université d’Angers

L’enseignement supérieur traverse aujourd’hui une double mutation. D’un côté, une crise du sens du métier d’enseignant, marquée par l’intensification du travail, la multiplication des injonctions et une charge administrative croissante. De l’autre, une évolution rapide des attentes étudiantes, caractérisée par un besoin accru de participation, d’authenticité et de cohérence.
Dans ce contexte, le leadership enseignant ne relève plus d’un exercice d’autorité, mais d’une influence éducative fondée sur la compétence, la confiance et le sens partagé.

Comprendre la génération Z : une nouvelle grammaire du monde

Nés entre 1995 et 2009, les étudiants de la génération Z sont les premiers véritables « enfants du smartphone ». Ils ont grandi dans un monde de poly-crises (financière, sanitaire, écologique, sociale) qui a profondément façonné leur rapport au savoir et à l’institution.
Hyperconnectés, très informés mais souvent anxieux, ils privilégient l’authenticité à la hiérarchie, recherchent le sens et l’impact concret des apprentissages, apprennent par interaction, expérimentation et image, et questionnent l’incohérence bien plus que l’autorité en tant que telle.

Ce qui est parfois perçu comme des « défauts » (impatience, remise en question permanente, besoin de feedback fréquent) constitue en réalité des signaux faibles d’un monde académique en transformation.

Tensions actuelles : attentes étudiantes et exigences enseignantes

Les étudiants aspirent à apprendre à apprendre, à développer leurs compétences relationnelles et comportementales, à bénéficier d’un accompagnement individualisé et de retours rapides, et à fonder leur motivation sur le sens et la reconnaissance plutôt que sur la seule notation.

Les enseignants, quant à eux, doivent composer avec une charge d’enseignement élevée, l’actualisation permanente des savoirs, les exigences de recherche, l’innovation pédagogique, l’évaluation juste des étudiants et une lourde charge administrative.

Dans cet écart se niche un enjeu central : le leadership enseignant comme levier de réconciliation, capable de transformer les tensions en coopération constructive et de redonner du collectif, du sens et de la reconnaissance.

Les leviers du leadership enseignant

1. Clarifier le contrat pédagogique et instaurer la confiance
Énoncer explicitement objectifs, règles, calendrier et engagements réciproques réduit l’anxiété, renforce l’adhésion et responsabilise les étudiants.

2. Développer une autonomie encadrée
Liberté dans la méthode et l’organisation, mais avec des repères clairs : échéances explicites, points d’étape, tests blancs non notés, analyses collectives des erreurs et outils simples de suivi de progression.

3. Articuler exigence et bienveillance
L’exigence élève, la bienveillance sécurise. Il s’agit d’une rigueur expliquée et incarnée, soutenue par un feedback structuré et immédiat, la distinction entre l’acte et la personne, la prévisibilité des attendus et la valorisation de l’effort.

4. Installer une culture du feedback et de la reconnaissance
Le feedback ne se limite pas au résultat : il reconnaît le chemin parcouru et nourrit une communication bidirectionnelle durable.

5. Donner du sens par l’expérience étudiante
Chaque apprentissage doit s’ancrer dans le réel : cas concrets, applications pratiques, lien explicite avec l’impact pour le patient, le soin ou la société.

6. Favoriser la co-construction pédagogique
Classes inversées, tutorat entre pairs, ateliers de co-design, productions collectives : la collaboration renforce l’engagement et le sens.

7. Former à la pensée critique et réflexive
Au-delà des savoirs, il s’agit de développer le discernement, l’esprit critique et les compétences transversales : communication, coopération, adaptabilité, leadership.

8. Mobiliser le numérique avec intention
Les outils numériques n’ont de valeur que s’ils servent un projet pédagogique clair. L’enseignant demeure le garant du sens et de l’intention éducative.

Le rôle structurant du doyen et des équipes de direction

Le doyen et les assesseurs ont un rôle clé dans la création d’un cadre institutionnel cohérent et soutenant. Ils valorisent les enseignants-leaders, pérennisent les pratiques probantes, mobilisent les moyens nécessaires et installent une culture de confiance et de progression.
Le mentorat, le soutien émotionnel et l’accompagnement des plus jeunes enseignants constituent des leviers essentiels de fidélisation et de développement professionnel.

Enseignements des programmes de “faculty leadership”

Les programmes de leadership enseignant montrent des effets convergents : amélioration du climat pédagogique, réduction du turnover, hausse de la satisfaction et de la réussite étudiante, et installation durable d’une culture collaborative.

Conclusion : enseigner à la génération Z, c’est allumer le feu de la curiosité

La génération Z ne se contente plus de recevoir le savoir : elle veut participer, questionner et comprendre. Le leadership enseignant consiste à inspirer et donner du sens dans un monde saturé d’informations et traversé par l’anxiété.
Enseigner aujourd’hui, c’est moins remplir des vases qu’allumer le feu de la curiosité.

Demain, la génération Alpha, véritables enfants de l’IA, exigera encore davantage d’authenticité et d’humanité. Le défi ne sera plus seulement d’intégrer le numérique, mais d’humaniser l’apprentissage dans un monde d’intelligence artificielle.

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